Quand un proche n’est plus en mesure de prendre soin de lui-même ou d’assurer la gestion de ses biens, les familles se retrouvent souvent démunies face à une question urgente : comment le protéger légalement ? Le régime de protection est la réponse que prévoit le droit québécois pour ces situations, mais il a profondément évolué ces dernières années. Comprendre les options disponibles est la première étape pour agir dans le meilleur intérêt de votre proche. Nos avocats en droit de la personne vous guident à travers cela.
L’essentiel à retenir :
- Le régime de protection est un mécanisme juridique qui permet de désigner un représentant légal à une personne inapte, incapable de gérer sa vie ou ses biens
- Depuis novembre 2022, la tutelle au majeur est le seul régime de protection formel au Québec et la curatelle a été abolie
- La tutelle peut être modulée pour préserver une partie de l’autonomie de la personne protégée selon ses capacités réelles
- Le mandat de protection et la représentation temporaire offrent des alternatives adaptées à certaines situations
- Au 31 mars 2025, près de 36 000 personnes au Québec bénéficient d’une mesure de protection juridique (Source : Curateur public du Québec, 2025)
Qu’est-ce qu’un régime de protection : définition légale
Un régime de protection est une mesure juridique prévue par le Code civil du Québec pour assurer la protection d’une personne inapte, c’est-à-dire une personne qui n’est plus en mesure de prendre soin d’elle-même ou de gérer ses biens de façon autonome. Lorsqu’une telle situation se présente, le tribunal peut désigner un représentant légal chargé d’agir dans l’intérêt de cette personne.
L’ouverture d’un régime de protection ne se fait pas à la légère. Elle requiert une constatation formelle de l’inaptitude, appuyée par des évaluations réalisées par des professionnels qualifiés. Le Code civil prévoit que cette mesure doit toujours viser à protéger la personne tout en respectant le plus possible son autonomie, ses volontés et ses préférences.
Le Curateur public du Québec joue un rôle central dans ce système : il surveille l’application des mesures de protection, soutient les tuteurs privés dans leurs obligations, et peut lui-même agir comme tuteur public lorsqu’aucun proche n’est disponible ou apte à assumer ce rôle.
Les types de régime de protection
Les régimes de protection tels que la tutelle et la curatelle ou le mandat de protection n’ont pas tous la même portée ni la même application. Voici un portrait clair de chacun d’entre eux, incluant ceux qui ont été abolis, afin que vous puissiez situer précisément la situation de votre proche.
1. La tutelle au majeur complète
La tutelle au majeur complète s’applique lorsqu’une personne inapte ne peut plus prendre aucune décision de façon autonome, ni pour sa personne, ni pour ses biens. Le tuteur désigné par le tribunal la représente alors pour l’ensemble des actes civils et assure la gestion de ses biens. C’est la mesure la plus encadrante, réservée aux situations d’inaptitude totale.
2. La tutelle au majeur modulée
La tutelle modulée est l’une des innovations majeures introduites par la réforme de 2022. Plutôt que de priver la personne sous tutelle de tous ses droits civils, le tribunal adapte la portée de la tutelle à ses capacités réelles. La personne protégée peut ainsi conserver certains droits : gérer son salaire, effectuer des achats courants, voter ou même exercer sa profession. Le tribunal fixe également les délais de réévaluation, qui ne peuvent pas excéder cinq ans, pour s’assurer que la tutelle reste adaptée à l’évolution de la situation.
Ce changement de philosophie est fondamental : on mise désormais sur les forces de la personne représentée, et non sur ses seules limitations.
3. Le mandat de protection homologué
Le mandat de protection est une mesure préventive qu’une personne rédige elle-même, avant toute inaptitude, pour désigner la personne qui la représentera si elle devient inapte. Pour entrer en vigueur, un mandat de protection doit être homologué par le tribunal, sur la base d’une évaluation confirmant l’inaptitude. C’est la mesure qui respecte le mieux l’autonomie de la personne, puisqu’elle a elle-même choisi son mandataire et défini l’étendue de ses pouvoirs. En l’absence d’un tel mandat, c’est la tutelle qui s’applique.
4. La curatelle (abolie depuis novembre 2022)
La curatelle était autrefois réservée aux cas d’inaptitude totale et permanente. La Loi modifiant le Code civil, le Code de procédure civile et la Loi sur le Curateur public (Loi 11) l’a abolie en novembre 2022 : toutes les curatelles existantes ont été automatiquement converties en tutelles, et les anciens curateurs sont devenus tuteurs. Il n’est plus possible d’ouvrir une curatelle. Si vous avez entendu parler de ce régime, sachez qu’il n’existe plus sous cette forme.
Il en va de même pour le conseiller au majeur, une mesure allégée qui permettait d’assister une personne dans certaines décisions sans la priver de sa capacité juridique. Ce régime a également été aboli par la réforme de 2022, bien que les régimes déjà en vigueur à cette date puissent se poursuivre jusqu’à leur terme.
Mesures d’accompagnement et d’assistance
Au-delà des régimes de protection formels, deux autres mesures méritent d’être connues. Elles ne constituent pas des régimes de protection au sens du Code civil, mais elles peuvent répondre à des besoins spécifiques, notamment lorsque l’inaptitude n’est pas totale ou lorsque la situation est temporaire.
1. La mesure d’assistance
La mesure d’assistance est un dispositif volontaire et non judiciaire qui permet à une personne vulnérable, mais encore apte, d’être accompagnée dans certaines décisions sans perdre sa capacité juridique. Elle ne restreint aucun droit : la personne assistée conserve le plein exercice de ses droits civils et continue de signer seule ses actes juridiques. L’assistant ne décide pas à sa place, il l’aide à comprendre et à exprimer ses choix. Pour être valide, cette mesure doit être reconnue par le Curateur public du Québec, qui inscrit le nom de la personne représentée et son représentant au registre prévu à cet effet.
2. La représentation temporaire
La représentation temporaire permet au tribunal de désigner un représentant pour une décision précise ou une période limitée, sans qu’il soit nécessaire d’ouvrir une tutelle complète. La représentation temporaire permet donc de répondre rapidement à une situation urgente ou ponctuelle : par exemple, la vente d’un immeuble pour une personne hospitalisée suite à un AVC, ou une décision médicale urgente pour un proche temporairement inapte. Comme pour la tutelle, elle requiert des évaluations médicale et psychosociale, et la désignation du représentant est prononcée par le tribunal.
Tableau comparatif des types de régimes de protection
| Mesure | Situation visée | Décision judiciaire ? | Toujours en vigueur ? |
| Tutelle complète | Inaptitude totale | Oui | Oui |
| Tutelle modulée | Inaptitude partielle | Oui | Oui |
| Mandat de protection | Prévention, rédigé avant l’inaptitude | Homologation | Oui |
| Représentation temporaire | Situation urgente ou ponctuelle | Oui | Oui |
| Mesure d’assistance | Personne vulnérable mais apte | Non (Curateur public) | Oui |
| Curatelle | Inaptitude totale et permanente | Oui | Abolie en 2022 |
| Conseiller au majeur | Inaptitude légère ou temporaire | Oui | Aboli en 2022 |
Comment ouvrir un régime de protection au Québec ?
Les démarches pour ouvrir un régime de protection, plus précisément, pour ouvrir une tutelle, suivent un processus encadré par le Code civil et le Code de procédure civile. Voici les étapes clés à connaître.
Qui peut entreprendre les démarches ?
Toute personne intéressée par le bien-être d’un majeur inapte peut entreprendre les démarches : un membre de la famille, un proche, un médecin traitant, un travailleur social, ou encore le Curateur public lui-même. La personne concernée peut également en faire la demande si elle anticipe une perte d’autonomie. Il n’est pas obligatoire de passer par un avocat pour déposer la demande, mais l’accompagnement d’un professionnel juridique est fortement recommandé, particulièrement lorsque la situation familiale est complexe ou conflictuelle.
Quelles évaluations sont requises ?
Deux évaluations sont obligatoires pour toute demande d’ouverture d’une tutelle : une évaluation médicale, réalisée par un médecin, et une évaluation psychosociale, réalisée par un travailleur social. Ces deux rapports servent à démontrer l’inaptitude de la personne à protéger et à préciser l’étendue de ses besoins de représentation. Les évaluations médicales et psychosociales permettent également au tribunal de déterminer si la tutelle doit être modulée pour préserver l’autonomie de la personne dans les domaines où elle conserve des capacités.
Quel est le rôle du conseil de tutelle ?
Une assemblée de parents, d’alliés ou d’amis doit être convoquée dans le cadre de l’ouverture d’une tutelle. Elle réunit au moins cinq personnes qui donnent leur avis sur le tuteur pressenti et sur la composition du conseil de tutelle. Ce conseil joue un rôle de surveillance : il veille à ce que le tuteur agisse dans l’intérêt de la personne sous tutelle et respecte ses droits. Les membres du conseil de tutelle ne peuvent pas inclure le tuteur lui-même.
Comment se déroule l’audience devant le tribunal ?
La demande est déposée auprès du tribunal du district judiciaire où réside la personne à protéger. Le dossier comprend notamment les évaluations médicale et psychosociale, un avis au Curateur public, ainsi que les informations relatives au tuteur proposé. Le tribunal peut ensuite convoquer un interrogatoire de la personne concernée pour constater directement son inaptitude, recueillir ses préférences et s’assurer que ses droits sont pris en considération. Le jugement officialise l’inaptitude, désigne le tuteur et précise l’étendue de ses pouvoirs.
Quand faut-il consulter un avocat spécialisé ?
Plusieurs situations justifient de consulter un avocat spécialisé en droit de la santé :
- Le tuteur ne respecte pas ses obligations ou ignore les volontés et les préférences de la personne protégée
- Vous souhaitez contester l’ouverture d’un régime de protection ou demander une révision de la modulation de la tutelle
- Des conflits familiaux compliquent la désignation du tuteur ou la composition du conseil de tutelle
- Vous estimez que les droits de la personne sous tutelle ne sont pas respectés dans le réseau de la santé et des services sociaux
Dans ces situations, un avocat peut intervenir pour défendre les droits de la personne représentée avec rigueur devant le tribunal.
Faites valoir vos droits ou ceux de vos proches avec MedLégal
Chez MedLégal, nous intervenons lorsque les droits d’une personne sont compromis dans le cadre d’un régime de protection : tuteur qui outrepasse ses pouvoirs, modulation de la tutelle inadaptée, ou décisions prises sans tenir compte des volontés de la personne concernée. Si vous estimez que les droits d’un proche ne sont pas respectés, contactez-nous pour une consultation.
Sources:
- https://www.quebec.ca/gouvernement/ministeres-organismes/curateur-public/publications
- https://www.quebec.ca/justice-et-etat-civil/protection-legale/tutelle-au-majeur/demander-ouverture-tutelle
- https://www.cnq.org/vos-services-notariaux/protection-des-personnes/les-regimes-de-protection/#faq-1102
- https://juridiqc.gouv.qc.ca/aines-en-perte-dautonomie/demarches-et-outils-de-protection/tutelle/comment-ouvrir-une-tutelle





